10 janvier 2026

Tours : des agriculteurs en colère manifestent avec une vingtaine de tracteurs, étalant fumier et pneus sur la voie publique

Une manifestation surprise a bousculé le centre de Tours en milieu de journée. Une vingtaine de tracteurs ont convergé vers la place Jean-Jaurès, avant de se diriger vers la Direction départementale des territoires. Des amas de fumier, du lisier et des pneus ont été déposés sur la voie publique, provoquant un important blocage et des déviations de circulation.

Les agriculteurs dénoncent l’accord de libre-échange Mercosur et la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse. Plusieurs groupes non syndiqués étaient présents, tandis que d’autres Tourangeaux participaient aux actions à Paris avec la Coordination rurale. Les forces de l’ordre ont encadré la protestation sans incident majeur signalé en milieu d’après-midi.

Tours: tracteurs, fumier et pneus déversés

Le cœur de Tours a été traversé par une colonne de tracteurs, entrée en ville en milieu de journée, ce 8 janvier. Les engins se sont installés plus d’une heure sur la place Jean-Jaurès, au pied de l’hôtel de ville, avant de reprendre la route. Sur les bâches, des messages simples: “prix justes”, “stop Mercosur”, “respect pour nos fermes”.

Le cortège a pris ensuite la direction de la Direction départementale des territoires (DDT). Là, des tas de fumier ont été déversés, rejoints par des pneus usagés. Le long du trajet, du lisier a aussi touché la voie publique. L’odeur âcre a rapidement gagné les artères adjacentes, rappelant la détermination des manifestants.

“On ne vient pas pour tout saccager, on veut se faire entendre”, glisse un éleveur de la région de Château-la-Vallière, visage fermé mais voix posée. Comme beaucoup, il dit n’être affilié à aucun syndicat. Son voisin de convoi confirme: “Ce n’est pas contre les Tourangeaux. C’est pour que nos enfants puissent encore reprendre la ferme.”

La préfecture a annoncé en cours de journée des “perturbations importantes sur l’agglomération”. Des axes centraux ont ralenti, et plusieurs lignes de bus ont modifié leurs trajets. Les automobilistes arrivant de la rive gauche ont dû patienter, certains immobilisés de longues minutes aux abords de la place Anatole-France.

Vers 15 h 30, de nouveaux tracteurs ont rejoint la place Jean-Jaurès. La foule s’est densifiée, encadrée par des policiers en gilet jaune et des motards de la gendarmerie. Aucune scène de violence n’a été relevée à ce moment-là. Les échanges, parfois tendus, sont restés verbaux.

Les commerçants du centre ont regardé la scène avec un mélange d’inquiétude et de compréhension. “Ça sent fort, et ça fait fuir les clients, mais on sait que leur situation est compliquée”, confie la gérante d’un café près du boulevard Béranger. Un étudiant, casque de vélo à la main, résume l’ambivalence: “C’est pénible, mais au moins, on parle d’eux.”

Dans cette première séquence, l’objectif des agriculteurs était clair: marquer les esprits et rendre visible une colère qui couvait. Les images des tas de fumier devant la DDT et des pneus entassés ont fait le tour des réseaux locaux. Le message est passé, et la circulation, ralentie toute l’après-midi, en a témoigné concrètement.

Au-delà du symbole, cette occupation éphémère du centre-ville grossit un malaise ancien: la crainte du déclassement des fermes et l’impression d’être oubliés. Le terrain choisi, à deux pas des institutions, vise à provoquer une réponse. Les regards se tournent désormais vers la préfecture et les cabinets ministériels. Première étape d’un bras de fer qui pourrait s’installer.

Manifestation agricole à Tours: blocages et voie publique perturbée

Les effets se sont fait sentir bien au-delà du centre de Tours. En fin de matinée, un convoi d’environ trente tracteurs venu du secteur de Château-la-Vallière a été stoppé boulevard Louis XI, à la sortie de La Riche. Contrôles des gendarmes, ralentissements en chaîne et files de voitures à perte de vue.

Un arrêté préfectoral, pris le 5 janvier, interdit la circulation de tracteurs sur plusieurs axes d’Indre-et-Loire. Les forces de l’ordre s’y sont référées pour contenir l’avancée du convoi. “On sécurise, on informe et on dévie”, explique un agent, talkie-walkie à la main. Les agriculteurs, eux, répliquent: “On n’a plus d’autres moyens.”

Au fil des heures, les services de la ville ont commencé à sécuriser les dépôts de fumier et de pneus sur la voie publique. Rubalise, périmètres, puis camions-bennes pour préparer le nettoyage. Un ballet discret, loin des klaxons, qui promet un travail long pour retrouver une chaussée praticable.

Dans les quartiers, les effets collatéraux se sont multipliés. Les retards au travail, les rendez-vous médicaux déplacés, et des parents coincés avant la sortie des écoles. “On a pris le périphérique, puis on a rebroussé chemin, impossible d’entrer en ville”, raconte un couple de Joué-lès-Tours. Même les livreurs, habitués aux imprévus, ont renoncé à quelques tournées.

Les organisateurs ont ciblé des points à forte visibilité. Place Jean-Jaurès, d’abord, puis la DDT, symbole des politiques publiques sur le foncier et l’élevage. Le lisier répandu sur quelques centaines de mètres a marqué les esprits, autant que l’odeur. Un geste assumé, perçu par certains comme une provocation, par d’autres comme un dernier recours.

Le maire a demandé “le respect des biens et des personnes”, tout en appelant l’État et l’Europe à “des décisions rapides et lisibles”. La préfecture a confirmé la poursuite des contrôles, avec l’appui des motards de la gendarmerie. En coulisses, des discussions informelles ont tenté d’éviter de nouveaux points de tension.

Blocage autour de la DDT et de La Riche: ce qu’il faut retenir

Deux scènes ont dominé la journée: l’occupation autour de la DDT et le blocage à La Riche. D’un côté, des dépôts ciblés de fumier et de pneus pour frapper fort. De l’autre, un convoi massif stoppé par l’arrêté préfectoral. Ensemble, ces actions ont rendu la protestation impossible à ignorer.

Un chauffeur de bus croisé près de la gare l’assure: “On a géré. Les usagers ont été patients. Mais si ça dure, le service va souffrir.” L’enjeu est là: peser sans casser le quotidien, maintenir une pression sans perdre le soutien de la population.

Les images ont circulé vite, amplifiant le message bien au-delà de l’agglomération. Reste la question du lendemain: les mêmes fermiers reviendront-ils dès l’aube? Les autorités pourront-elles ouvrir une porte avant la prochaine montée de tension? Ce chapitre du mouvement agricole s’écrit au présent, avec la circulation comme baromètre.

Mercosur et dermatose nodulaire: pourquoi la colère enfle

Derrière la démonstration de force, deux motifs dominent. L’accord de libre-échange Mercosur, d’abord, accusé d’ouvrir le marché à des viandes produites à des standards différents. La dermatose nodulaire contagieuse ensuite, et sa gestion jugée trop brutale. Ces thèmes, déjà présents depuis des mois, ont resurgi avec plus de vigueur à Tours.

Pour beaucoup d’agriculteurs, le Mercosur menace l’élevage au prix européen. “On affronte des coûts plus hauts et on nous demande de tenir face à des importations moins-disantes”, résume un éleveur laitier de la vallée du Cher. L’impression d’un match faussé nourrit une colère qui ne faiblit pas.

La dermatose nodulaire, maladie virale des bovins, a aussi mis le feu aux poudres. Les protocoles d’abattage systématique dès l’apparition d’un cas ont sidéré les exploitations. “Perdre un troupeau en quelques jours, c’est une blessure économique et morale”, confie une éleveuse. Plusieurs souhaitent des alternatives: vaccination, isolement des animaux atteints, et indemnisations plus rapides.

Un vétérinaire rural intervenant sur le secteur de Langeais apporte un regard technique: “Limiter la circulation animale a du sens, mais il faut des filets de sécurité. Sinon, la règle crée du désespoir.” Ce point de bascule entre santé animale et viabilité économique irrigue les assemblées paysannes depuis des semaines.

Revendiquer autrement: demandes récurrentes des agriculteurs

Les manifestants ont listé des attentes précises, parfois répétées de mobilisation en mobilisation. Elles tiennent en quelques priorités, pensées pour éviter de revenir avec des pneus et du fumier sur la voie publique:

  • Prix planchers rémunérateurs pour les filières bovines et céréalières.
  • Clause miroir sur les importations liées au Mercosur, avec contrôles renforcés.
  • Gestion graduée de la dermatose nodulaire contagieuse: tests, isolement, vaccination.
  • Dédommagements rapides et transparents en cas d’abattage.
  • Simplification des contrôles et des normes sur les exploitations.

À Tours, ces lignes sont revenues dans les discussions avec les autorités. Un cadre de la DDT a glissé, en marge, que “des ajustements sont sur la table”, sans plus de détail. Les manifestants, eux, réclament un calendrier ferme et daté.

Les références à l’histoire agricole tourangelle ont aussi émergé. Dans les mémoires, des crises passées ont déjà ébranlé les fermes, des quotas laitiers aux sécheresses. Cette fois, c’est l’empilement de chocs — maladie, Mercosur, hausse des charges — qui finit par faire déborder le vase.

Le choix de gestes spectaculaires n’est pas neutre. Déposer du fumier devant l’institution, c’est matérialiser le ras-le-bol. Aligner des pneus, c’est se donner une marge pour un feu symbolique, sans passer à l’acte. Une dramaturgie connue, calibrée pour marquer et négocier. Elle dit l’urgence: obtenir des réponses avant la prochaine traite.

De Tours à Paris: une protestation connectée et visible

Le mouvement tourangeau s’inscrit dans une dynamique plus large. Tandis que la colonne locale se formait, des agriculteurs d’Indre-et-Loire participaient aux actions à Paris. Des tracteurs de la Coordination rurale ont même posé devant la tour Eiffel, image forte partagée sur les réseaux, avant un appel à se rassembler près de l’Assemblée nationale.

À l’échelle du département, plusieurs épisodes ont ponctué les derniers mois. Des blocages ponctuels et des distributions de produits sur la place Jean-Jaurès, des actions relayées par différents syndicats — FNSEA 37, JA 37, Confédération paysanne — mais aussi par des collectifs non syndiqués. Le calendrier s’est accéléré depuis la fin d’année.

Pour situer les principales étapes, ce résumé aide à comprendre la montée en puissance locale et nationale:

Date Lieu Action Acteurs Impact
27 novembre 2024 Tours (centre) Manifestation avec tracteurs FNSEA 37 et JA 37 Trafic ralenti, messages sur prix et normes
15 décembre (année récente) Tours (Jean-Jaurès) Action contre l’abattage lié à la dermatose nodulaire Coordination rurale Visibilité médiatique, demandes de vaccination
18 décembre (soir) Parçay-Meslay / A10 Blocage partiel de bretelles Collectifs locaux Sorties déviées, files jusqu’à Orléans
8 janvier (journée) Tours (Jean-Jaurès, DDT) Défilé, dépôts de fumier et pneus Agriculteurs non syndiqués, soutiens Forte protestation, perturbations
8 janvier (matin) Paris (Tour Eiffel) Convoi de tracteurs, rassemblement Coordination rurale 37 Écho national, pression politique

Ce maillage d’initiatives sert un même objectif: peser dans la décision publique. Les porte-voix locaux ont multiplié les prises de parole. “On veut des règles claires et identiques pour tous”, dit un représentant joint au téléphone. Sur le terrain, ce sont des voisins, des cousins, des amis qui se croisent, de la Varenne au Véron.

À Tours, la résonance de Paris agit comme un amplificateur. Les élus locaux savent que le sujet ne s’éteindra pas avec un balayage de chaussée. La question désormais: qui parlera, quand, et avec quelle marge de manœuvre? À l’échelle d’un département agricole, la réponse se mesure en heures de traite, en factures d’aliments, en nuits blanches. Le temps presse, et chacun le sait.

Après la manifestation à Tours: nettoyage, médiation et prochaines étapes

Une fois les moteurs coupés, il reste à reconstruire le quotidien. Les services techniques doivent retirer fumier et pneus, laver les chaussées salies par le lisier, et traiter les odeurs. Ce travail discret mais indispensable conditionne la reprise d’une circulation fluide et d’un centre-ville accueillant.

La mairie et la préfecture ont engagé des contacts avec des délégations d’agriculteurs. Objectif: désamorcer le prochain blocage et fixer des points d’accord. “Nous sommes ouverts au dialogue rapide”, soufflent des sources locales. Côté fermes, un mot revient: visibilité. Sans elle, la colère s’exprime à nouveau sur la voie publique.

Nettoyage et dédommagement: que se passe-t-il concrètement?

Le nettoyage suit une chaîne bien rodée. Repérage des dépôts, chargement en bennes, lavage haute pression, puis désodorisation si nécessaire. Les coûts sont recensés, parfois facturés si des dégâts sont attribués. Les commerçants impactés peuvent signaler pertes et dommages afin d’entamer des démarches d’indemnisation.

Les riverains ont souvent une interrogation simple: combien de temps pour que tout redevienne normal? La réponse tient à la quantité de fumier et à la météo. Par temps froid, l’odeur tient moins, mais les sols sèchent plus lentement. Les équipes s’adaptent heure par heure.

Médiation et calendrier: vers un terrain d’entente?

Un agenda de réunions est en discussion entre syndicats, collectifs non syndiqués et autorités. Les priorités connues — Mercosur, dermatose nodulaire, charges — seront sur la table. Des annonces nationales sont espérées pour trancher la question des importations et celle des indemnisations rapides en cas d’abattage.

Les représentants du monde agricole insistent sur la méthode. Ils souhaitent des engagements écrits, chiffrés, et des points d’étape publics. Une manière d’éviter les malentendus et de garder la confiance de leurs bases. La rue n’est pas un but, répètent-ils, mais un moyen.

Vivre avec l’incertitude: conseils pratiques pour les Tourangeaux

Le mouvement pourrait connaître de nouveaux épisodes. Pour limiter les désagréments, quelques réflexes aident à passer les heures difficiles. Les habitants planifiant un trajet vers le centre de Tours gagnent à anticiper.

La circulation reste le thermomètre d’une journée de tension. En attendant des décisions concrètes, chacun tente de préserver l’essentiel: travailler, soigner, se déplacer. Face à une protestation qui s’installe dans la durée, l’agglomération redécouvre sa capacité de solidarité et d’écoute. C’est souvent là que se construit l’issue.

En filigrane, une question demeure: peut-on éviter que les prochaines négociations ne repassent par la rue? Les agriculteurs ont montré qu’ils savent mobiliser et se faire entendre. Aux décideurs de répondre avec des actes, avant que la ville ne revoie s’aligner les tracteurs et s’entasser les pneus sur la chaussée.

Antoine.76

Journaliste passionné de 42 ans, je parcours le monde pour raconter les histoires qui l’animent. Curieux, rigoureux et toujours en quête de vérité, j’aime donner la parole à celles et ceux qu’on entend rarement. La transmission et l’information sont au cœur de mon engagement quotidien.

Voir tous les articles de Antoine.76 →