8 janvier 2026

Tours : découvrez les raisons de la disparition prochaine de la fontaine face à la gare

Face à la gare de Tours, la fontaine de la place du Général-Leclerc va vers la disparition. Des études ont été lancées pour une démolition rendue nécessaire par des problèmes de sécurité et d’étanchéité. L’enjeu dépasse l’objet lui-même : il concerne l’urbanisme, l’aménagement du parvis et l’équilibre entre usage quotidien et patrimoine de la ville.

Fontaine de la gare de Tours : vers la disparition

Au milieu des flux de voyageurs, la structure de verre qui trône face à la gare a longtemps intrigué. Certains y voyaient une feuille, d’autres un dos de tortue. Sa fonction réelle est plus prosaïque : c’est un puits de lumière qui éclaire le parking souterrain. Aujourd’hui, le diagnostic est clair : la partie vitrée est fissurée et le système n’assure plus son rôle dans de bonnes conditions.

La Métropole confirme que des études de maîtrise d’œuvre ont été commandées pour organiser sa disparition. « La zone vitrée est largement endommagée, la structure ne répond plus aux exigences actuelles », souligne Laurent Raymond, vice-président de Tours Métropole en charge des espaces publics. Le constat s’accompagne d’une contrainte forte : le site est un nœud de circulation piétonne, devant le bâtiment principal de la SNCF et au débouché de la gare routière.

La fontaine est née d’une ambition urbaine plus large. Conçue par le paysagiste Yves Prunier, elle faisait partie du projet de requalification de la place, aux côtés de l’aile métallique de la gare routière. L’ensemble s’articulait avec la vision de Jean Nouvel pour le palais des congrès. Le budget initial annoncé atteignait environ 300 000 € pour la pièce d’eau et son dispositif lumineux, un investissement notable pour un élément aussi singulier.

Le temps a fait son œuvre. Les microfissures se sont multipliées, la maintenance est devenue plus lourde, et les spécialistes pointent des risques de glissance autour du bassin lors d’épisodes pluvieux. En période de départs massifs, les agents installent ponctuellement des balisages pour canaliser les flux. La question n’est plus « faut-il réparer ? » mais « comment reconfigurer le parvis sans perdre l’apport de lumière au parking ? ».

Les commerçants alentour décrivent une scène quotidienne. « Aux heures de pointe, on voit des valises, des trottinettes, des poussettes ; il faut dégager des axes clairs », raconte Nadia, qui tient un kiosque à journaux face à l’esplanade. Pour elle, la décision sera jugée à l’aune des usages : moins d’obstacles et un sol plus lisible pour les flux. Le taxi Michel, stationné là depuis vingt ans, y voit aussi l’occasion de repenser la relation entre files d’attente, Vélib’ local et dépose-minute.

La première certitude est donc posée : l’ouvrage vit ses dernières années. Reste à transformer l’essai, en préservant l’identité du lieu tout en améliorant la sécurité et la lisibilité des parcours piétons.

Démolition envisagée : raisons techniques et sécurité du site

Les ingénieurs parlent de contraintes cumulées. Les fissures fragilisent la dalle, l’eau s’infiltre dans certains joints, et la mécanique des buses ne garantit plus un fonctionnement continu. À cela s’ajoute la question de l’accessibilité : pour intervenir en sécurité, il faut neutraliser des zones entières, ce qui perturbe l’accès à la gare et à la gare routière. La démolition suivie d’une recomposition apparaît, selon les services, comme la voie la plus robuste.

Un autre point pèse lourd : le caractère de puits de lumière. Sous la place, le stationnement a besoin d’un apport naturel. Des solutions techniques existent, comme des skydomes affleurants, des dalles de verre renforcé ou des grilles de ventilation associées à des LED basse consommation. Elles permettraient de conserver l’éclairage du parking tout en supprimant la fontaine et ses aléas hydrauliques.

La sécurité des piétons est au cœur de la décision. En hiver, les projections et l’humidité augmentent le risque de glissade. Lors des grands départs, les services posent des revêtements temporaires antidérapants. « On ne peut pas pérenniser un dispositif reposant sur du provisoire », résume un agent d’exploitation. La ville opte donc pour un traitement de sol durable, compatible avec les flux intenses et la cohabitation tram-bus-taxis.

Les comparaisons avec d’autres quartiers de ville aident à comprendre. À proximité, la perspective sur le boulevard Heurteloup a été dégagée pour fluidifier la traversée piétonne. Le même esprit guide ici l’aménagement : dessiner des lignes directes depuis les portes de la gare vers les quais de bus, la station de tram et les axes commerciaux. Un plan de circulation clair, une signalétique visible, et un espace central libéré de tout obstacle haut.

Diagnostic, options et retours d’expérience

Le diagnostic technique recense les points de fragilité et hiérarchise les interventions. Trois options figurent classiquement : réparation lourde, remplacement par un dispositif simple, ou refonte complète. Les retours d’expérience d’autres agglomérations montrent que la réparation d’une structure vitrée vieillissante coûte cher, sans garantie de long terme. D’où la préférence pour une solution sobre, résistante et facile à entretenir.

Les services de la Métropole indiquent qu’un phasage précis sera communiqué aux riverains. Les travaux seront coordonnés avec les opérations de routine de la SNCF et avec les entreprises de transport. Objectif affiché : limiter les coupures d’accès et maintenir les liaisons de surface.

Ce choix technique s’accompagne d’un engagement : préserver l’identité du parvis avec des matériaux de qualité et un dessin contemporain. L’enjeu est de conjuguer robustesse et élégance, sans reproduire les fragilettes d’hier.

Urbanisme et aménagement : quelle place pour le patrimoine ?

La décision ne se limite pas à retirer un objet. Elle pose la question du patrimoine urbain : qu’est-ce qui fait repère dans une ville ? La fontaine n’est pas un monument historique, mais elle est un marqueur pour ceux qui sortent de la gare. Les habitants s’y donnent rendez-vous, les enfants l’associent aux départs en vacances. Retirer l’ouvrage nécessite d’inventer une nouvelle image pour le parvis.

Le contexte initial compte. L’aile métallique de la gare routière, l’alignement des platanes, et la perspective sur le palais des congrès signé Jean Nouvel formaient un ensemble cohérent. Avec l’évolution des mobilités (tram, vélo, mobilités douces), l’aménagement doit refléter des usages plus fluides et plus lisibles. Ce n’est pas une table rase, mais une adaptation aux pratiques actuelles.

Plusieurs pistes émergent. Une surface plane et dégagée, des assises en pierre, des îlots plantés qui renforcent l’ombre l’été. Des dalles de verre affleurantes pourraient conserver le rôle de puits de lumière sans l’eau, réduisant la maintenance et les risques. La nuit, des lignes LED intégrées au sol guideraient les flux vers les sorties et les arrêts de bus.

Repères et mémoire du lieu

Comment garder un souvenir tangible sans conserver la structure entière ? Certains proposent de réutiliser des fragments de verre sécurisés dans une œuvre intégrée au parvis. D’autres imaginent une plaque discrète rappelant l’histoire de l’ouvrage, son concepteur Yves Prunier et le projet global de l’époque. « On peut faire évoluer l’espace tout en respectant ceux qui y sont attachés », confie Camille, étudiante qui prend le train chaque semaine.

Le débat local s’ancre aussi dans des exemples voisins. À Nantes ou à Bordeaux, des places de gares ont été apaisées en supprimant des obstacles, tout en introduisant des signes lumineux ou végétaux. À Tours, la même logique pourrait s’appliquer, en valorisant la façade historique de la gare et la perspective vers le centre-ville.

  • Usage quotidien : faciliter les traversées directes et la lisibilité des cheminements.
  • Coûts d’entretien : privilégier des solutions sobres, testées et faciles à maintenir.
  • Accessibilité : garantir des pentes douces, des contrastes visuels et des surfaces antidérapantes.
  • Repères symboliques : créer un signe discret (lumière, matériau, motif) pour remplacer le rôle de « balise » de la fontaine.
Option Effet sur le puits de lumière Entretien Impact visuel Compatibilité flux
Réparation lourde Lumière préservée Élevé Structure volumineuse Moyenne
Dalles de verre affleurantes Lumière préservée Modéré Discret et moderne Excellente
Grilles + éclairage LED Partiellement compensée Faible Très discret Excellente

Quel que soit le scénario, l’esprit recherché reste le même : un parvis accueillant, sûr et identifiable, qui relie la gare au quartier sans friction.

Au total, la suppression de l’ouvrage peut devenir une opportunité : révéler l’architecture existante et offrir une place plus confortable, tout en gardant un clin d’œil à l’histoire récente du site.

Calendrier, budget et chantier : ce qui attend la ville

La Métropole travaille sur un calendrier lisible pour les usagers. Les études de conception doivent s’achever avant la fin de l’année, avec une phase de concertation publique sur planches et maquettes. L’objectif est d’arrêter un scénario technique, puis de lancer les marchés de travaux dans la foulée.

Sur le plan financier, l’enveloppe se décomposera entre la démolition de la fontaine, la reprise d’étanchéité du parking et la pose du nouveau dispositif (skydomes ou dalles affleurantes). Le coût initial de l’ouvrage, estimé à 300 000 €, sert de repère pour mesurer l’effort à venir, même si le contexte économique et les normes ont évolué. Des cofinancements seront recherchés, notamment via les programmes de transitions des espaces publics.

Le chantier devra protéger les riverains et maintenir des accès continus. Les phases nocturnes ou en heures creuses seront privilégiées pour les opérations bruyantes. Des jalonnements clairs guideront les voyageurs vers les quais, avec une signalétique temporaire multilingue.

Phases clés et impacts à prévoir

Les services détaillent un séquencement en étapes courtes afin d’éviter une place en travaux pendant des mois. Les réseaux seront repérés avant toute intervention, et les entreprises devront respecter un plan de circulation strict. La SNCF, Fil Bleu et les taxis de station seront associés à la coordination hebdomadaire.

Phase Durée indicative Principales actions Impact usagers
Préparation 2 à 4 semaines Repérages, sondages, balisage Cheminements déviés
Démontage 3 à 5 semaines Dépose des verres, curage réseau Réduction ponctuelle des accès
Étanchéité 2 à 3 semaines Reprise joints, contrôle infiltration Nuisances limitées
Pose nouvel ouvrage 3 à 6 semaines Skydomes/dalles, finitions Ouvertures progressives

Pour Michel, chauffeur de taxi, l’essentiel est la continuité d’accès : « Les voyageurs arrivent serrés dans le temps, il faut des parcours simples et lisibles ». Côté commerçants, on attend des informations en amont pour anticiper la logistique des livraisons. La Métropole annonce une page dédiée sur tours-metropole.fr avec cartes actualisées et calendrier semaine par semaine.

Au fil des travaux, une communication de proximité, via panneaux et QR codes, sera déployée. But affiché : réduire l’inconfort, et livrer un parvis plus sûr et plus accueillant dans les meilleurs délais.

Voix locales et alternatives : quel avenir pour la place du Général-Leclerc ?

L’information passe vite à Tours : la disparition de la fontaine interroge les usagers de la gare. Autour des bancs, les avis s’échangent. Pour Nadia, commerçante, l’idée d’une esplanade plus ouverte est une bonne nouvelle. « On verra mieux, on circulera mieux ». Pour d’autres, la suppression d’un repère visuel pourrait rendre l’espace plus anonyme. D’où l’intérêt d’un « signe » de remplacement, discret mais présent.

Les propositions remontées lors des échanges évoquent un registre commun : sobriété, robustesse, confort d’usage. Des arbres en fosse drainée pour garder de l’ombre, des bancs confortables avec dossiers, des prises électriques discrètes pour les événements ponctuels, et un éclairage doux qui rassure sans éblouir. Plusieurs habitants réclament aussi une fontaine sèche à jets affleurants, plus facile à entretenir et ludique pour les enfants l’été.

Idées sur la table et critères de choix

Les urbanistes rappellent que l’architecture de la gare mérite d’être mise en valeur. Un traitement minéral clair pourrait souligner les alignements et dégager la perspective sur la façade historique. Des dalles de verre renforcé, disposées en ruban, assureraient la lumière du parking sans créer d’obstacle. Enfin, la nuit, un tracé lumineux guiderait vers les sorties principales et la station de tram.

Des critères pratiques s’imposent pour trancher. L’aménagement retenu devra résister au passage quotidien de milliers de piétons, aux roulettes des valises et aux épisodes météo. Les coûts d’exploitation pèseront autant que l’investissement initial. Et l’identité du lieu devra rester lisible, avec un détail qui fasse « repère » sans surcharger l’espace.

  1. Sécurité : surfaces antidérapantes, parcours continus, lisibilité des traversées.
  2. Confort : assises, ombre, éclairage, accessibilité universelle.
  3. Entretien : matériaux durables, pièces standards, interventions rapides.
  4. Identité : signe discret, mise en valeur du bâti, cohérence avec le quartier.

« On peut très bien marier efficacité et poésie », souffle un paysagiste invité en atelier. Proposer un motif au sol inspiré de la Loire, installer des bancs sinueux en pierre locale, intégrer des hublots de lumière qui racontent la fonction souterraine : autant d’idées qui réconcilient l’usage avec le souvenir.

Au final, la démolition annoncée ne signe pas une perte sèche. Elle ouvre la porte à un parvis plus simple, plus sûr et plus hospitalier, qui assumera sa vocation de seuil de ville pour les voyageurs et les habitants du quartier.

Antoine.76

Journaliste passionné de 42 ans, je parcours le monde pour raconter les histoires qui l’animent. Curieux, rigoureux et toujours en quête de vérité, j’aime donner la parole à celles et ceux qu’on entend rarement. La transmission et l’information sont au cœur de mon engagement quotidien.

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