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mars 1356 : Aux origines de la prospère cité de Tours
La naissance officielle de la cité de Tours remonte au 30 mars 1356. Ce jour-là, Jean II le Bon, roi du royaume de France, autorise l’édification d’une grande enceinte pour unir deux noyaux urbains rivaux. Ce geste, dicté par la guerre, pose les bases d’une prospérité durable et d’un développement urbain ambitieux.
Entre Loire et pèlerinages, la ville s’invente un destin. La clouaison protège, mais elle rassemble surtout. C’est là que commence une page décisive de l’histoire de Tours.
Acte fondateur de mars 1356 : fusion sous les murs et enjeu local
L’essentiel tient en une date et un choix. En mars 1356, l’ennemi menace, et Tours s’unit. Les lettres patentes signées à Beauvais autorisent l’enceinte qui ceinture la ville sur environ 4,5 km.
Ce rempart, vite surnommé clouaison, englobe la vieille cité cathédrale et le pôle de Sancti Martini. Finie la concurrence directe. Le nouveau cadre assure défense, circulation et fiscalité.
Le contexte pèse lourd. Depuis 1337, la guerre s’est installée. Les chevauchées du Prince Noir remontent du sud-ouest et frappent les campagnes. Les bourgs cherchent une réponse, tourelles et tours ne suffisent plus.
Le roi tranche. Il autorise et incite. Tours devient une « bonne ville » du royaume de France, avec obligations militaires et avantages politiques. La décision sécurise aussi un axe ligérien vital.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Des équipes rassemblent pierres, chaux, bois. Des maîtres d’œuvre organisent les chantiers. Des paroisses se joignent à l’effort.
La chronique locale retient des chiffres concrets. Des portes sont percées pour relier les marchés. Des fossés sont curés. Les taxes de passage aident au financement.
Pourquoi cette union a-t-elle tenu? Parce qu’elle répond à trois besoins simples. Protéger les habitants. Soutenir les échanges. Clarifier l’autorité.
« L’enceinte n’est pas qu’un mur, c’est un contrat urbain », résume Cédric Delaunay, historien tourangeau, auteur de Grandes dates de Touraine. Selon lui, l’administration partagée attire artisans et marchands.
Le geste royal apaise aussi des rivalités tenaces. Évêque, chanoines, seigneurs laïcs gardent des droits. Mais la surveillance du rempart se coordonne désormais, nuit et jour.
Le nouveau périmètre redessine les habitudes. Les foires s’installent plus sûrement. Les bateaux sur la Loire trouvent des quais mieux gardés. Les marchés gagnent en affluence.
Une couturière du bourg de Châteauneuf, personnage évoqué dans les récits locaux, retrouve ses clientes de la Cité en traversant une porte neuve. Ce geste ordinaire devient l’image d’une ville qui se rapproche.
La décision attire enfin des services royaux. Les recettes et comptes, tenus de façon suivie à partir de 1356, témoignent d’un réseau administratif qui s’étoffe. La ville apprend à parler d’une seule voix.
En peu d’années, le quotidien change. Les gardes font le guet sur les courtines. Les artisans réparent les brèches après chaque crue. La communauté acquiert un réflexe d’entraide.
Points clés de cet acte fondateur:
- 30 mars 1356 : autorisation royale de l’enceinte commune.
- Un tracé d’environ 4,5 km reliant la cité et le castrum.
- Statut de « bonne ville » et ancrage fort dans le royaume de France.
- Premiers comptes municipaux réguliers dès 1356.
- Protection renforcée des marchés et du port ligérien.
Le mur n’a pas tout fait. Mais il a tout permis. Voilà pourquoi la clouaison reste l’image la plus simple d’une union qui dure.
Origines jumelles de la cité : antique Cité et castrum Sancti Martini
Avant l’union, il y a deux mondes. La cité antique, héritière des Trésors gallo-romains, s’étend autour de la cathédrale. Le castrum de Saint Martin, appelé Châteauneuf, rayonne autour des reliques du grand évêque.
Ces deux pôles se voient et se défient. Des seigneuries se croisent. Les juridictions s’imbriquent. Chacun cherche à préserver ses droits.
Le pèlerinage alimente la caisse du castrum. L’artisanat et les fonctions religieuses soutiennent la Cité. Les voies entre les deux se densifient avec la croissance des XIe et XIIe siècles.
La démographie crée des bourgeois. Ils négocient, investissent, veulent moins de tutelle. Les tensions naissent de cette énergie nouvelle.
Des exemples locaux éclairent ces frottements. Un tanneur travaille près de la Loire. Il vend à Châteauneuf, il paie ses taxes à la Cité. Le double ancrage devient un casse-tête fiscal.
La guerre redistribue les cartes. Les raids fragilisent les murailles séparées. Le risque de voir l’une tomber sans l’autre devient intenable.
Jean II le Bon arbitre et sécurise. Cette décision répond autant à la stratégie qu’à l’économie locale. L’axe ligérien, nourri par le vin, le sel et la toile, doit rester ouvert.
« La fusion a créé un espace commun de survie et d’échanges », explique Jean-Luc Porhel, ancien directeur des Archives municipales de Tours. Il souligne le rôle des comptes, conservés et étudiés, pour mesurer l’essor qui suit.
Les chroniques évoquent des ponts de bois, des gués et des quais. La Loire, capricieuse, impose un entretien constant. L’enceinte permet de planifier ces chantiers.
L’unité n’a pas effacé les identités. La Cité garde ses chapitres. Châteauneuf garde sa mémoire martinienne. Mais la ville, désormais, s’organise.
Le climat humain change aussi. Les mariages entre familles des deux rives s’intensifient. Les métiers se regroupent par rues, sans regarder les anciennes frontières.
Pour saisir cette évolution, un regard sur les cartes historiques aide. Le tracé des portes montre la volonté de relier les marchés. Les faubourgs s’installent près des axes nouveaux.
Le patrimoine d’aujourd’hui raconte cette histoire. Des vestiges de courtines, des niveaux de rue, des toponymes gardent le souvenir des deux villes mères. Les guides s’y appuient pour faire revivre les étapes de la fusion.
L’enseignement est clair. Deux identités fortes peuvent s’unir si l’intérêt commun est bien identifié. À Tours, l’intérêt s’appelait sécurité et commerce.
La ville née du rempart ne renie pas ses origines. Au contraire, elle les rend complémentaires, comme deux faces d’une pièce qui circule mieux qu’avant.
Développement urbain et économie médiévale après 1356
Une fois unie, la ville s’organise pour croître. Le développement urbain suit les axes protégés. Les métiers se concentrent par rues, les foires gagnent en fréquentation.
Le port sur la Loire reste central. Le vin, la pierre, la chandelle et la toile circulent. Les barques montent et descendent selon les saisons.
La municipalité renforce son rôle. À partir de 1356, les registres s’étoffent. Ils servent à répartir les charges et planifier les travaux.
Les métiers structurent la vie quotidienne. Les tanneurs longent l’eau. Les boulangers se placent près des marchés. Les drapiers s’installent dans des rues étroites à l’abri du vent.
La sécurité favorise l’initiative. Des ateliers de cuir s’agrandissent. Des familles investissent dans des échoppes en pierre au rez-de-chaussée, à pans de bois à l’étage.
La présence royale renforce l’élan. Quand Charles VII s’installe aux Montils vers 1444, la ville gagne en visibilité. Les fournisseurs locaux voient leurs commandes grossir.
Les chiffres ponctuent cet essor. Des tronçons de voie sont pavés. Des taxes spécifiques financent les fossés. La garde se professionnalise partiellement.
Tableau de repères pour saisir la dynamique:
| Période | Événement | Impact urbain | Effet économique |
|---|---|---|---|
| 1356 | Autorisation de la clouaison | Unification des pôles urbains | Relance des marchés intra muros |
| 1360-1400 | Consolidation des portes et fossés | Circulation sécurisée | Bénéfice sur les échanges ligériens |
| 1444 | Présence de Charles VII | Travaux publics ciblés | Commandes royales et artisanat |
| 1462-1465 | Émergence d’une commune | Gestion municipale renforcée | Fiscalité mieux stabilisée |
| Jusqu’à 1520 | Capitale éphémère selon Chevalier | Urbanisme de prestige | Attraction de talents et d’offices |
Les métiers phares forment un écosystème. Les boulangers nourrissent les teams de chantier. Les charpentiers montent les colombages. Les bateliers synchronisent les départs.
Quelques corps de métiers marquants à cette période:
- Drapiers et teinturiers, moteurs de l’économie médiévale.
- Bateliers et voituriers, garants de la logistique ligérienne.
- Charpentiers et maçons, bâtisseurs de murs et de maisons.
- Vignerons et tonneliers, liés aux coteaux et aux caves.
- Écrivains publics et notaires, indispensables aux transactions.
« Les comptes de la ville montrent des achats massifs de bois et de calcaire après 1356 », rappelle Cédric Delaunay. On y lit un programme continu d’entretien, preuve d’une administration qui tient la distance.
Le résultat s’observe encore dans le tracé des rues. Les îlots hérités du Moyen Âge gardent un maillage serré. Les places se fixent près des carrefours historiques.
La logique est simple. Sécurité plus gestion commune égalent investissements. L’essor économique suit, puis attire d’autres habitants.
De 1356 à la fin du XVe siècle, le cœur de ville se densifie. Le plan s’adapte et ouvre de nouveaux axes. La dynamique enclenchée continue de porter la ville aujourd’hui.
Entre architecture gothique et maisons à pans de bois : un paysage urbain vivant
Le visage de Tours au Moyen Âge mêle pierre et bois. Les chantiers majeurs adoptent l’architecture gothique. Les maisons courantes choisissent les colombages.
La cathédrale Saint-Gatien s’impose par ses lignes. Les arcs brisés, les voûtes élancées, les roses éclairent un quartier entier. Le chantier s’étire sur plusieurs générations.
Les remparts affichent une autre esthétique. Tours de guet, créneaux, poternes. L’objectif est simple: tenir, alerter, dissuader.
Autour, la ville habite les interstices. Les parcelles étroites montent d’un niveau pour gagner de l’espace. Le rez-de-chaussée reste souvent en pierre, l’étage en bois.
La place Plumereau raconte cette stratification. Les façades à pans de bois dessinent un décor vivant. Le commerce anime le bas, l’habitat occupe le haut.
Un architecte tourangeau le résume ainsi: « La mixité pierre-bois est une réponse pragmatique. Le bois va vite, la pierre rassure. » Ce compromis crée une silhouette chaleureuse et durable.
Les rues étroites servent les artisans. Les enseignes dépassent. Les cours intérieures gardent des puits et des ateliers.
Les portes de la clouaison structurent les flux. Marchands et pèlerins entrent par là. Les taxes y sont levées avec méthode.
La Loire dicte d’autres règles. Les crues imposent des seuils surélevés. Les caves ventilées servent au vin et au sel.
Repères visuels pour lire la ville médiévale:
- Arcs brisés et vitraux des églises gothiques.
- Colombages et encorbellements dans les rues anciennes.
- Remparts et fossés, lignes défensives encore perceptibles.
- Placettes aux carrefours, foyers d’échanges.
- Quais et cales, interfaces avec la Loire.
Les réglementations locales encadrent déjà les chantiers. On limite les surplombs trop audacieux. On surveille les matériaux pour réduire les risques d’incendie.
Cette architecture exprime une ville sûre d’elle. Elle protège, elle commerce, elle s’orne quand l’occasion s’y prête. Elle garde la trace des époques qu’elle traverse.
La lecture du paysage urbain aide à comprendre la prospérité. Les façades ne mentent pas: elles montrent des investissements réguliers. Elles racontent les cycles de travaux déclenchés après 1356.
L’œil d’aujourd’hui y retrouve un fil continu. Du portail gothique aux pans de bois de Plum’, tout parle d’adaptation. C’est la marque des villes qui durent.
De la bonne ville à la capitale éphémère : mémoire et héritage (1356-1520)
La décision de mars 1356 ouvre une séquence longue. Du rempart à la commune, puis à la cour, la trajectoire est nette. Tours s’élève au rang de ville de référence en Touraine.
Les historiens l’ont montré. L’ouvrage de Bernard Chevalier sur « Tours, ville royale, 1356-1520 » détaille cette montée en puissance. Il identifie trois temps forts.
Premier temps, la « bonne ville ». L’union se consolide. La garde, les impôts, les travaux se coordonnent.
Deuxième temps, le roi à Tours. Charles VII fréquente la région à partir de 1444. La commande publique sert d’accélérateur.
Troisième temps, la capitale éphémère. Jusqu’à 1520, l’éclat demeure. Puis les regards se déplacent, sans effacer le rang acquis.
Sur le terrain, cette mémoire se visite. La cathédrale, la basilique, les rues anciennes composent un musée à ciel ouvert. Les archives complètent le parcours.
En 2025, un départ à la retraite rappelle ce travail de fond. Après vingt-cinq ans aux Archives municipales, Jean-Luc Porhel transmet le relais. Sa dernière conférence revient sur les moments clefs qui ont fait la ville.
Le lien au quotidien reste fort. Des guides racontent la guerre, la clouaison, les métiers. Des collégiens redessinent le tracé du rempart en atelier.
Un commerçant de la vieille ville en témoigne. « Les visiteurs posent toujours la même question: d’où vient cette unité? », dit-il. La réponse tient dans l’histoire longue depuis 1356.
Le calendrier local s’enrichit d’animations. Balades, expositions, reconstitutions. Les habitants se réapproprient leur passé commun.
Pour orienter une première découverte, quelques étapes s’imposent:
- Vestiges des remparts et tracé supposé des portes.
- Place Plumereau et ses façades à pans de bois.
- Cathédrale Saint-Gatien et vitraux.
- Basilique Saint-Martin et mémoire du pèlerinage.
- Quais de Loire et lecture du port médiéval.
Cette mémoire n’est pas figée. Elle nourrit l’attractivité, l’éducation, le tourisme raisonné. Elle inspire des projets urbains respectueux des strates anciennes.
La ville parle clair. Elle rappelle que l’unité se construit dans l’épreuve. Elle montre que l’économie se renforce quand les règles s’alignent sur le terrain.
Au bout du compte, l’héritage de 1356 est un guide. Il aide à comprendre le présent et à préparer la suite. Tours continue d’y puiser une juste fierté.