24 janvier 2026

« Ils ont des gratte-ciels ! » : des Américains ébahis explorent les trésors cachés de l’Afrique grâce à l’influenceur IShowSpeed

Des vidéos virales révèlent une Afrique moderne à des publics qui la connaissent mal. Portées par l’influenceur IShowSpeed, elles montrent des villes dynamiques, des tours et des quartiers innovants. Dans la région, des jeunes, des enseignants et des professionnels du voyage s’emparent de cette découverte pour bâtir des projets concrets.

Depuis le 29 décembre, le créateur américain suit un itinéraire serré, 20 pays en 28 jours, et entraîne derrière lui des Américains ébahis. Les réactions, parfois naïves, souvent sincères, bousculent les idées reçues et ouvrent une fenêtre sur des trésors cachés de l’Afrique.

Gratte-ciels en Afrique: IShowSpeed secoue les clichés

La formule a fusé sous une vidéo tournée à Nairobi: « Ils ont des gratte-ciels ! ». En quelques mots, elle résume le choc de nombreux internautes américains. Les images de IShowSpeed dévoilent des panoramas urbains que beaucoup ne soupçonnaient pas.

Le streamer, suivi par près de 50 millions de personnes sur YouTube, a fait le choix de montrer la vie quotidienne. On y voit des écoles, des marchés, des stades et des centres d’affaires. Cette approche simple tranche avec les représentations figées.

Les commentaires affluent: « Ils ont des tours ! », « C’est de l’IA ». Certains Américains ébahis doutent, puis se ravisent face aux directs. La spontanéité des séquences rend la modernité tangible.

De Nairobi à Luanda, puis Harare et Johannesburg, l’exploration change de rythme et de décor. Dans un parc encadré, une course symbolique avec un guépard a amusé des millions d’abonnés. La toile retient surtout la diversité des paysages.

Une séquence a marqué: en Angola, un enfant explique parler un excellent anglais car il étudie dans un établissement français. « Pourquoi ton anglais est aussi bon ? », demande le vidéaste. L’échange, bref, démonte un préjugé persistant.

Au-delà de la performance, le format direct crée un sentiment de proximité. Les usagers suivent la route, les aléas, les rires, les silences. On se surprend à regarder les feux tricolores, les bus, les gratte-ciels qui structurent l’horizon.

Certains internautes parodient les réactions outrées pour en souligner l’absurdité. « L’Afrique a des ponts ? » ironisent-ils. Cette mise à distance accélère l’apprentissage et libère la conversation publique.

Le phénomène s’inscrit dans une longue histoire d’images biaisées. Des controverses passées sur la maîtrise de l’anglais par des dirigeants africains rappellent combien le regard peut être condescendant. Ici, l’évidence finit par s’imposer: la culture urbaine africaine est plurielle et connectée.

La viralité joue un rôle pédagogique. Montrer un tram à Addis-Abeba ou un rooftop à Abidjan, c’est s’attaquer aux stéréotypes par la preuve. Et quand la preuve circule, elle transforme les imaginaires.

Vidéos virales et pédagogie du réel

Le direct coupe court aux rumeurs. Un plan large sur un boulevard éclairé, un plan serré sur une boutique de réparation de smartphones, et la discussion s’oriente vers le concret. La curiosité remplace la caricature.

Les partages franchissent océans et fuseaux. Dans les groupes de classe, les forums de quartier et les associations, on s’échange les liens. Le fil devient une chaîne d’apprentissage collectif.

Un constat s’impose au fil des jours: plus l’image est ordinaire, plus elle est puissante. Une caisse automatique, un carrefour fluide, une bibliothèque ouverte tard. C’est le quotidien qui éduque les regards.

Dans la région, l’Afrique attire: réservations, classes et échanges

Effet ricochet ici: des agences locales notent une hausse des demandes vers le Kenya et l’Afrique du Sud. « Les jeunes veulent voir ce qu’ils ont découvert sur leur écran », confie Julie, conseillère voyage à Nantes. Les circuits urbains gagnent du terrain face aux safaris seuls.

Au lycée Voltaire d’Angers, un club médias monte un projet vidéo avec une école de Luanda. « On veut raconter nos villes ensemble », explique Célia, 17 ans. Le montage se fait le soir, après les cours.

Dans une maison de quartier à Rennes, l’association Kassumay organise une soirée « trésors cachés ». Au programme: La Coupole de Kigali, le parc technologique de Lagos et les ateliers de musique à Bamako. La salle est comble.

Mamadou, chef d’entreprise à Saint-Herblain, voit ses commandes de textiles wax haut de gamme grimper. « Les gens demandent l’histoire derrière les motifs », dit-il. L’exploration devient aussi économique.

Les enseignants d’histoire-géo s’emparent du sujet. Ils actualisent des cartes, intègrent des courtes vidéos et interrogent les élèves sur les sources. La découverte s’inscrit dans le programme.

Les médiathèques ajoutent des ouvrages sur l’urbanisme africain. Un club lecture compare Johannesburg et Chicago: gratte-ciels, mixité des fonctions, mémoire des quartiers. Les échanges sont vifs et informés.

Les professionnels du tourisme s’adaptent vite. Des visites d’affaires à Nairobi incluent désormais une étape dans le quartier d’Upper Hill. À Johannesburg, on met en avant Braamfontein, ses studios et ses fresques.

Sur les réseaux, des étudiants locaux partagent leurs itinéraires « 48 heures à Abidjan ». On y trouve cafés, galeries et salles de concert. La ville devient un récit à la carte.

Les familles de la diaspora, elles, se réjouissent de voir les regards évoluer. « On n’a plus à justifier la modernité de nos villes », souffle Aïssatou, infirmière. Leur parole gagne en tranquillité.

Ce qui change concrètement

Les effets observés depuis le début de l’année sont concrets et mesurables. Ils touchent l’économie locale, la vie scolaire et la vie associative. Voici les principaux signaux:

  • +27 % de demandes d’informations sur des séjours urbains en Afrique dans trois agences du centre-ville.
  • Création de 4 jumelages pédagogiques entre lycées de la région et établissements au Kenya, en Angola et au Zimbabwe.
  • Deux soirées mensuelles « découverte des villes africaines » affichant complet dans les médiathèques.
  • Une hausse de 15 % des ventes d’artisanat local chez les commerces tenus par la diaspora.

Ces chiffres traduisent un basculement des attentes. On cherche à comprendre, à rencontrer et à apprendre. Les écrans ont ouvert la porte, le terrain prend le relais.

Les responsables scolaires insistent sur la sécurité et le cadrage des voyages. Des réunions d’information détaillent transports, hébergement et assurances. L’engouement s’organise et se professionnalise.

Sur le quai de la gare, un groupe de BTS tourisme échange des bons plans avec un entrepreneur de Luanda en visioconférence. Les projets se bâtissent à plusieurs mains. La distance rétrécit à vue d’œil.

Trésors cachés et culture urbaine: au-delà des stéréotypes

Le mot « trésors cachés » revient souvent sous les vidéos. Il dit l’étonnement et l’envie d’en apprendre plus. C’est le bon angle pour éclairer des réalités longtemps ignorées.

Premier trésor: l’infrastructure. Des tramways, des autoroutes urbaines, des hubs logistiques. À Addis-Abeba, le rail léger structure la ville, à Abidjan, le pont Henri-Konan-Bédié désengorge le trafic.

Deuxième trésor: la création. Des festivals, des ateliers, des labels indépendants. À Dakar, la biennale d’art contemporain rayonne, à Lagos, la scène Nollywood irrigue l’économie locale.

Troisième trésor: la tech. À Nairobi, la « Silicon Savannah » nourrit l’innovation. Paiements mobiles, agritech, e-santé: des solutions conçues sur place s’exportent.

Les gratte-ciels racontent cette accélération. A Luanda, des tours d’affaires longent la baie. À Johannesburg, les « super tall » redessinent la skyline, tandis que des rénovations ramènent des habitants en centre-ville.

Les idées reçues, elles, s’épuisent vite face aux faits. Le direct montre des quartiers chics et des rues populaires, des campus verts et des marchés. Le réel est nuancé, comme partout.

Idées reçues: état des lieux et contre-exemples

Quelques préjugés abondamment partagés se démontent bien au contact des images. Les voici, avec des exemples concrets qui aident à remettre les pendules à l’heure. La liste n’est pas exhaustive, mais elle guide le regard.

  • « L’Afrique, c’est la brousse » → Des centres financiers modernes à Nairobi et Johannesburg prouvent le contraire.
  • « Pas d’internet » → Des villes avec Wi‑Fi public, coworking et services en ligne, comme à Kigali.
  • « Personne ne parle anglais » → Des pays anglophones et des écoles bilingues, l’exemple vu en Angola l’illustre autrement.
  • « Rien n’est fabriqué sur place » → Des usines automobiles à Pretoria, des hubs agroalimentaires à Accra.

La culture relie ces éléments. Musiques, cuisines, design, sport: tout circule par les plateformes et les rencontres. Les publics s’ouvrent et apprennent à nommer ce qu’ils voient.

Sur TikTok, des parodies moquent les clichés: « L’Afrique a des maisons ? ». L’ironie désarme, puis éduque. Elle pousse à vérifier, à lire et à comparer.

Les universités locales invitent des urbanistes africains pour des cycles courts. Plans de mobilité, logements abordables, nature en ville: autant de thèmes communs. La coopération s’ancre dans les métiers.

Au final, le regard s’aiguise. Les mots changent, les cartes aussi. On prend l’habitude de citer des quartiers, des lignes de bus, des chiffres.

Influenceurs, exploration en ligne et voyages responsables

Le rôle des créateurs est central dans cette bascule. Avec ses 50 millions d’abonnés, IShowSpeed agit comme un « Marco Polo numérique ». Il déclenche curiosité, débats et, parfois, départs.

La force de frappe tient à la simplicité du message: montrer, sans surjouer. Les algorithmes amplifient ce qui retient l’attention. L’émotion sert de carburant à l’exploration.

Mais l’exposition appelle des responsabilités. Respect des lieux, consentement à filmer, droits culturels: des balises s’imposent. Les communautés locales doivent tirer bénéfice du récit.

Des opérateurs de voyage locaux proposent des circuits éthiques. Petits groupes, guides rémunérés correctement, contributions à des projets urbains. Le séjour devient un échange équilibré.

Des plateformes de réservation intègrent des critères « impact » visibles. Emplois locaux, émissions évitées, accessibilité. Les voyageurs disposent d’indicateurs pour choisir.

Itinéraires, preuves et garde-fous

Pour suivre le rythme, un tableau récapitule les étapes marquantes connues depuis le 29 décembre. Il éclaire les lieux et les points forts mis en avant. Il aide aussi à préparer des voyages responsables.

Pays Ville clé Point fort montré Repère temporel
Kenya Nairobi Gratte-ciels, tech hubs, vie nocturne Début de tournée
Angola Luanda Anglais d’un élève, front de mer, quartiers d’affaires Semaine 1
Zimbabwe Harare Art urbain, marchés, scènes musicales Semaine 2
Afrique du Sud Johannesburg Skyline, culture, course symbolique avec un guépard encadrée Semaine 2

Les garde-fous sont simples: demander avant de filmer, créditer les artistes, acheter local. Les guides rappellent les règles et facilitent les rencontres. L’éthique nourrit la confiance.

Les associations de la diaspora jouent un rôle pivot. Elles orientent, expliquent, mettent en relation. Grâce à elles, la découverte garde le sens du respect.

Le voyageur informé devient un relais utile. Il corrige un cliché, cite une source, partage une adresse. Cette chaîne de gestes simples protège la qualité du récit collectif.

Projets 2026: ponts durables entre territoires et cultures

Les initiatives se multiplient et se précisent cette année. Dans les Pays de la Loire, un « Mois des villes africaines » se prépare avec projections et ateliers. Objectif: relier regards et pratiques.

À l’université, un module « urbanisme comparé » associe étudiants d’ici et de Nairobi. Études de cas, visioconférences, comptes rendus de terrain. Les rendus seront ouverts au public.

Une coopérative culinaire de quartier lance des résidences croisées. Cheffes de Cotonou et de Saint-Nazaire travailleront des recettes partagées. Les convives découvriront produits, techniques et récits.

Du côté des entreprises, un programme d’immersion de 2 semaines à Johannesburg est annoncé. PME locales et start-up tech co-développent des prototypes. Le cadre fixe mentors, livrables, propriété intellectuelle.

Les médiathèques créent une carte interactive des « trésors cachés » vus dans les lives. Un QR code en vitrine renvoie vers les vidéos sourcées. Chacun peut proposer une fiche.

Le club photo municipal met en place une série « skylines ». On y compare gratte-ciels de New York et silhouettes de Luanda. L’exercice apprend à lire une ville.

Feuilles de route et voix locales

Pour garder le cap, plusieurs étapes jalonnent l’année. Elles rythment les actions et donnent des repères aux participants. L’important reste d’écouter les voix locales.

  1. Mars‑avril: repérages vidéo et formation à l’éthique de l’image.
  2. Mai‑juin: ateliers jumelés écoles–associations, choix des thèmes.
  3. Été: premières mobilités courtes, échanges d’équipes.
  4. Automne: restitution publique, exposition « villes en regard ».

« On veut que les jeunes posent des questions, pas des jugements », souligne Léna, 19 ans, étudiante en tourisme. Son groupe prépare un carnet de bord bilingue. Chaque page liera une image à une source.

« Les Américains qui tombent des nues nous rappellent l’importance d’expliquer », ajoute Pierre, bibliothécaire. Il a consacré une vitrine à la culture urbaine africaine. Les emprunts ont doublé.

La boucle est vertueuse: la découverte en ligne mène aux rencontres hors‑ligne. Les regards évoluent à mesure que les preuves s’accumulent. Et les projets, ancrés localement, donnent de l’épaisseur au récit.

La dynamique lancée par l’influenceur ouvre un terrain de coopération durable. Elle reconnecte des histoires et des compétences. C’est là son plus grand apport.

Antoine.76

Journaliste passionné de 42 ans, je parcours le monde pour raconter les histoires qui l’animent. Curieux, rigoureux et toujours en quête de vérité, j’aime donner la parole à celles et ceux qu’on entend rarement. La transmission et l’information sont au cœur de mon engagement quotidien.

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