Demi Vollering change de cap. La Néerlandaise renonce à la défense de son titre sur la Vuelta pour viser un ambitieux doublé Giro–Tour de France. L’annonce, attendue dans le petit monde du Cyclisme, redistribue les cartes dès le printemps et attire la lumière sur l’été des grandes courses.
La décision ouvre une fenêtre pour ses rivales en Espagne. Elle renforce aussi l’intérêt autour du Giro Donne et du Tour de France Femmes, deux rendez-vous où la coureuse, complète et régulière, veut convertir sa forme en victoires majeures au cœur de la saison.
Sommaire
Cyclisme: Vollering renonce à la Vuelta pour le doublé Giro-Tour
Le message est clair et assumé. Demi Vollering ne prendra pas le départ de la Vuelta au printemps, préférant construire patiemment un pic de forme pour le Giro et le Tour de France. Ce choix stratégique intervient après deux succès consécutifs sur la course espagnole et une année 2025 marquée par un podium à Paris.
La décision a été partagée en interne, du staff aux équipières. L’équipe FDJ-Suez vise un été plein, avec une articulation du calendrier pensée pour limiter les risques de surchauffe. Dans une course cycliste moderne, la fraîcheur vaut souvent plus qu’un troisième dossard épinglé.
Les raisons invoquées tiennent à la performance et à la récupération. Le printemps, dense, empiétait sur les stages en altitude et la préparation spécifique chronométrée. En tirant un trait sur l’Espagne, la Néerlandaise gagne des jours de travail au long cours, indispensables pour répéter les efforts en montagne et peaufiner les automatismes de relais.
Un entraîneur rencontré près de Tarbes résume l’équation: « En mai, on peut être très fort, mais pour tenir jusqu’en juillet, c’est une autre histoire. Viser le doublé Giro–Tour de France demande une gestion au cordeau. » Le pari reste audacieux, mais il s’inscrit dans l’évolution du haut niveau féminin, plus professionnalisé, plus data-driven.
Les supporters n’ignoreront pas le symbole. Renoncer à la défense d’un titre garde toujours une dimension émotionnelle. L’épilogue 2025 au sommet de l’Alto de Cotobello (10,3 km à 8 %) avait scellé une domination, et beaucoup espéraient le triplé. La route choisie, différente, n’en demeure pas moins lisible: aller chercher ce qui manque encore au palmarès, le maillot de leader final du Giro Donne, et réunir dans la même saison les deux trophées les plus regardés de l’été.
Pour les clubs locaux, la nouvelle change la carte postale du printemps, mais pas l’enthousiasme. Les jeunes de l’US Lourdes s’étaient déjà organisés pour une sortie en Espagne. Ils basculeront leur voyage vers une étape pyrénéenne de juillet si l’itinéraire l’autorise. Le Cyclisme se vit autant sur les bords de route que devant l’écran.
Repères rapides sur le calendrier visé
- Giro Donne 2026: fenêtre fin juin – début juillet, 8 à 10 étapes, profils montagneux.
- Tour de France Femmes 2026: fin juillet, 8 étapes, sommet ou chrono au menu.
- Stages en altitude: Sierra Nevada et Alpes françaises, 2 à 3 semaines chacun.
- Courses de réglage: classiques et rendez-vous nationaux, volume allégé.
| Objectif | Période 2026 | Type d’effort | Indicateur-clé |
|---|---|---|---|
| Giro Donne | Fin juin – début juillet | Montagne + chrono | Grimpe VAM > 1250 m/h |
| Tour de France Femmes | Fin juillet | Étapes vallonnées + sommet | Récup < 24 h après étapes clés |
| Préparation | Avril – juin | Altitude, PMA, force | CTT 20’ > 6,0 W/kg (cible) |
Les images de ses victoires à Cotobello resteront fortes, mais la boussole pointe désormais vers l’Italie et la France, avec une ligne de mire précise: franchir l’été en leader.
Ces repères fixent le décor d’une saison recentrée sur l’essentiel, avec une logique de progression continue jusqu’à juillet.
Sur le terrain, cette bascule tactique se lit aussi dans les clubs et les vallées pyrénéennes, où l’on attend l’été avec appétit.
Effet local: supporters, clubs pyrénéens et commerces s’organisent
Dans les Hautes-Pyrénées, la décision de Demi Vollering a fait parler au café du coin. « Elle ne fera pas la Vuelta, d’accord, mais on la veut au plus fort en juillet », glisse Jean, licencié à Bagnères-de-Bigorre. Cette voix reflète un ressenti partagé: le printemps perd une tête d’affiche, l’été gagne un duel au sommet.
Au CC Tarbes, les éducateurs adaptent déjà le calendrier des jeunes. Une sortie prévue vers la frontière espagnole se transforme en repérage de cols locaux, du Soulor à l’Aubisque, pour suivre au plus près le fil de l’actualité. Le récit du Cyclisme, ici, s’écrit souvent sur des routes connues par cœur.
Les commerces spécialisés suivent le tempo. À Lourdes, une boutique a avancé sa campagne de location de vélos de montagne. L’idée est simple: capter l’élan populaire autour du Tour de France Femmes, booster les week-ends et proposer des initiations. Les semaines précédant juillet attirent des familles, curieuses de l’effort et de l’ambiance.
Les écoles de vélo y voient une opportunité d’émulation. Shannon, 12 ans, maillot rayé bleu et blanc, ne s’en cache pas: « Regarder la télé, c’est bien. Mais crier au bord de la route, c’est mieux. » Le retrait de la Vuelta ne change pas sa passion. Il déplace simplement son impatience.
Les collectivités locales gardent un œil attentif sur la carte des étapes. Si une arrivée s’esquisse côté Béarn ou Bigorre, les comités des fêtes se tiennent prêts. Stands d’associations, animations vélo-école, parcours sécurisés: le mode d’emploi est désormais rodé. L’héritage des passages du Tour de France masculin y a laissé des savoir-faire.
Dans les clubs féminins, le débat prend un tour plus technique. Faut-il, à l’échelle amateur, imiter cette stratégie du « moins mais mieux »? Les entraîneurs tranchent au cas par cas. Pour une junior en croissance, allonger un cycle d’entraînement sans multiplication des dossards peut éviter la lassitude et les blessures.
Sur le plan médiatique, l’absence à la course cycliste espagnole crée un angle neuf. Les radios locales programment des chroniques « route de l’été », avec météo, cols et conseils sécurité. Les ateliers de marquage antivol se calent au même moment. La fête doit rester sûre et conviviale.
Un hôtelier d’Argelès-Gazost confirme un pic de réservations autour de la dernière semaine de juillet. Les chambres familiales partent en premier. La perspective d’un doublé Giro–Tour de France pour une star mondiale attise la curiosité, y compris chez les visiteurs étrangers qui profitent du massif.
Les bénévoles, souvent invisibles, sont déjà en alerte. Signaleurs, ravitaillement des cyclo-sportives locales, balisage des parcours: toute une chaîne fait tenir la fête. Cette énergie diffuse, fidèle, constitue un levier majeur de l’attractivité touristique des vallées.
À l’échelle régionale, la reconfiguration du calendrier renforce un message: les Pyrénées restent un théâtre majeur du Cyclisme au féminin. La montagne ne change pas, le scénario si. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour relancer l’envie.
Le territoire s’ajuste vite, preuve que l’attachement au vélo dépasse les grilles de départ pour se nourrir d’histoires partagées au bord des routes.
Ces dynamiques locales mènent naturellement à la façon dont la coureuse et son équipe vont préparer, au millimètre, l’été des cols.
Préparation millimétrée: de l’altitude au chrono, le plan d’attaque
Sans la Vuelta au calendrier, le temps se libère pour la construction du socle. Deux blocs d’altitude sont planifiés, Sierra Nevada puis Alpes du Sud. L’objectif: hausser la VO2max, renforcer la force spécifique et monter en régime sur des ascensions de 30 à 50 minutes.
Le travail au seuil se combine avec des séances en contre-la-montre. Pour viser le doublé Giro–Tour de France, il faut tenir la montagne et ne rien céder sur un chrono de 20 à 25 kilomètres. Le gain attendu se compte en secondes, parfois en respiration économisée.
La gestion de la charge se suit par blocs hebdomadaires. Un volume de 18 à 22 heures, des intensités ciselées, et des sorties de soutien à basse cadence pour muscler la chaîne postérieure. Les capteurs racontent une histoire précise, du sommeil à la variabilité cardiaque.
Montagne: répéter pour dompter
La répétition d’ascensions, avec des récupérations contrôlées, forge l’endurance de force. Col d’Allos, Isola 2000, ou versant de Gavarnie lors d’un stage éclair: le terrain dicte la loi, le protocole pose le cadre. Une montée à i3, une autre à i4, puis un retour au calme en descente active.
Les séances raffinent aussi la gestion des moments charnières. Relancer en sortie d’épingle, tenir la roue sur un pourcentage à deux chiffres, choisir le braquet qui ménage la fin d’étape. Dans une course cycliste, les détails font une victoire, ou la laissent filer.
Chrono: posture, aéro et filière lactique
Le poste de pilotage se règle au millimètre: longueur de potence, recule de selle, hauteur d’appui. Une heure en soufflerie gagne parfois deux watts, qui deviendront quatre en conditions réelles. L’économie de mouvement multiplie les options tactiques en deuxième partie d’étape.
Le lactique se travaille sur des blocs courts, deux à trois minutes, avec récupérations incomplètes. C’est rude, mais la filière répond vite. Sur un Giro nerveux ou un Tour de France solide, ce réservoir sert à boucher les trous et à sortir au bon moment.
Le staff nutrition accompagne la montée en charge. Glucides avant les intensités, protéines au retour, hydratation salée pour absorber la chaleur italienne et française. Les journées chaudes de juillet ne pardonnent pas l’à-peu-près.
Cette discipline annonce un été de précision, où chaque gain marginal contribue à l’objectif total.
Cette mécanique bien huilée ramène inévitablement au cadre historique: a-t-on déjà vu un tel pari aboutir, et que nous dit l’expérience?
Repères historiques: du précédent Van Vleuten aux ambitions 2026
Dans l’histoire récente, le modèle existe. Annemiek van Vleuten avait enchaîné les succès sur les grands tours féminins en 2022, marquant une ère. Viser le doublé Giro–Tour de France s’inscrit donc dans une continuité d’exigence, même si chaque génération écrit sa propre grammaire de la victoire.
Demi Vollering, née le 15 novembre 1996 à Pijnacker, s’est révélée sur les Ardennaises. Grimpeuse solide, sprinteuse endurante, elle a aussi progressé en chrono. Les saisons passées l’ont installée au sommet, avec deux titres consécutifs sur la Vuelta et des victoires d’étape gravées dans les cols.
Le sommet de l’Alto de Cotobello, 10,3 km à 8 %, reste un marqueur. Ce jour-là, l’attaque avait fait plier la concurrence. Le maillot rouge, défendu jusqu’au bout, avait scellé une domination. Mais l’histoire ne fige pas les coureuses. Elle pousse à chercher la marche suivante.
Le Cyclisme féminin a accéléré sa mutation. Étapes plus lisibles à la télévision, publics croissants en bord de route, structures professionnelles en hausse. Cette dynamique change l’approche des saisons, avec des fenêtres d’optimisation et des objectifs recentrés.
Dans les pyrénées françaises, le souvenir du Tourmalet 2023 nourrit encore les conversations. Les habitants se souviennent de la marée de maillots au pied des pourcentages. On y mesure ce que produit une héroïne en plein été: des sourires, des retours hôteliers, des vocations chez les petites catégories.
Sur le plan comparatif, les enchaînements Vuelta-printemps puis Giro–Tour de France ont montré leurs limites. L’accumulation de dossards réduit la marge d’entraînement qualitatif. En 2026, la tendance est à l’économie bien placée, sans nuire au spectacle.
Les chiffres le confirment sur les dernières campagnes: quand la charge de course baisse de 10 à 15 % avant juillet, les puissances en montée restent plus stables sur la deuxième semaine d’un grand tour. Ce constat, partagé de l’Italie à la France, alimente la logique de recentrage.
Reste l’inconnue du duel. Qui prendra le leadership sans la Néerlandaise en Espagne? Les Italiennes et Espagnoles auront carte ouverte. Une place se libère pour une révélation, toujours possible sur sept ou huit étapes quand la montagne s’invite.
Le récit collectif retiendra surtout la cohérence du projet. Aller là où la courbe de progression est la plus forte et où le palmarès peut s’étoffer. Une façon de rappeler que, dans une course cycliste, l’audace paie si elle s’appuie sur une méthode.
Au miroir des précédents, la démarche 2026 apparaît moins comme une prise de risque que comme un ajustement d’époque: ciblé, assumé, calibré.
Cette perspective historique éclaire aussi les conséquences concrètes pour la course espagnole et pour l’effectif qui l’entourait jusque-là.
Vuelta sans Vollering: un autre scénario, une équipe réorientée
Sans Demi Vollering au départ, la Vuelta s’ouvre. Les bonifications et les arrivées au sommet pèseront différemment. On pourrait y voir plus d’échappées victorieuses et une hiérarchie moins verrouillée en montagne.
Côté FDJ-Suez, le plan glisse vers un leadership partagé. Des noms comme Évita Muzic ou Greta Berthet reviennent avec insistance pour le printemps espagnol. L’idée: construire des responsabilités nouvelles, capitaliser sur la forme de mai, et nourrir l’ambition collective.
Un directeur sportif du sud-ouest détaille l’intérêt d’une telle bascule: « On lance les secondes lames plus tôt. La Vuelta devient un laboratoire, pendant que la locomotive se prépare pour l’Italie et la France. » Ce schéma offre des points UCI, des expériences de course et des automatismes d’équipe.
Pour le public français, l’enjeu est double. Regarder un peloton plus ouvert en Espagne et guetter, quelques semaines plus tard, la quête du doublé Giro–Tour de France. Le fil narratif est clair. Il déroule une tension sportive continue jusqu’à fin juillet.
Les rivales, elles, ne s’y trompent pas. Les grimpeuses italiennes comme Gaia Realini, les puncheuses polonaises ou les spécialistes des échappées de moyenne montagne flairent l’occasion. Sur sept à huit jours, tenir la régularité et éviter la bordure suffisent souvent à faire basculer un classement général.
La télévision espagnole pourrait y gagner en suspense. Moins de scénario verrouillé, plus de duels à distance. Le public, friand de coups tactiques, y trouve son compte. Les étapes de Castille ou d’Asturies parleront le langage des écarts modestes et des bonifications tranchantes.
Pour FDJ-Suez, l’absence d’un poids lourd en Espagne ne signifie pas retrait. Au contraire, placer deux coureuses dans le top 10 nourrit la confiance et installe des plans B crédibles pour l’été. À l’entraînement, les automatismes de montagne et de chrono par équipes continuent d’être répétés.
Les clubs frontaliers, côté Pays basque et Béarn, s’organisent malgré tout pour franchir la frontière. Voir une étape, même sans l’icône du moment, reste une fête. On guette aussi la circulation et les parkings relais, désormais mieux gérés par les communes hôtes.
Le public français, qui a vu la Néerlandaise offrir à son équipe un premier grand tour par le passé, mesure la portée de la décision. L’histoire commune avec l’Espagne ne s’efface pas; elle se met entre parenthèses pour un été très ciblé.
La conséquence sportive est limpide: une place se libère pour une révélation en rouge. Et, pendant ce temps, la favorite se concentre sur un été à deux sommets.
Avec ce nouveau scénario, la dernière pièce du puzzle concerne l’exécution: comment transformer un plan en victoires quand l’été s’ouvrira?
La réponse se trouve dans les étapes clés qui jalonnent l’Italie et la France, là où tout peut basculer en quelques kilomètres.
Étapes clés à venir: où se gagne un doublé Giro–Tour
Le Giro Donne écrit souvent son verdict en haute montagne. Une arrivée au sommet dans les Dolomites, un chrono en milieu de course, et une étape piégeuse dans la plaine ventée: ces trois leviers décident la plupart des classements. La hiérarchie, mouvante au départ, se fige dès que les pourcentages dépassent les 8 %.
Le Tour de France Femmes, lui, affectionne les scénarios avec un sommet emblématique ou un contre-la-montre final. En 2026, l’équilibre entre vallons, bordures et montagne décidera de la forme d’excellence à atteindre. Grimper, oui, mais aussi tenir la ligne en plaine et négocier les zones techniques en ville.
Pour Demi Vollering, le manuel est connu: temporiser quand le vent de côté sévit, économiser dans les vallées, puis placer une attaque franche sur une rampe prolongée. Le souvenir de Cotobello illustre cette grammaire de la course, transposable à l’Italie et à la France quand la pente se cabre.
Un préparateur physique évoque trois clés de voûte. D’abord, la constance: ne rien céder au-delà de 20 à 30 secondes sur une journée « sans ». Ensuite, l’exécution: gel, bidon, vêtement, tout à l’heure juste. Enfin, la lecture de course: discerner l’instant où une attaque coûte moins à l’attaquante qu’à celles qui suivent.
Les équipières jouent un rôle majeur. Protéger du vent, positionner avant un col, ramener une échappée à portée. Dans une course cycliste de huit étapes, la somme de ces gestes décide du destin d’un titre. On gagne rarement seule; on perd souvent sur un détail.
La météo, variable lourde, influence l’allure. Les journées caniculaires appellent du sodium et un refroidissement actif. La pluie, au contraire, commande prudence et choix de pneus. L’Italie et la France en juillet savent tout donner en une semaine: chaleur écrasante puis orage sec.
Le public, enfin, pousse et porte. Une haie humaine sur un col pyrénéen, des drapeaux dans une vallée lombarde, et la perception de l’effort change. Beaucoup de coureuses en témoignent: une clameur bien placée vaut parfois une dent de pignon en moins.
En filigrane, l’ambition du doublé Giro–Tour de France dépasse l’arithmétique des étapes. Elle incarne un tempo, une confiance, une saison qui s’accorde comme un instrument. L’absence sur la Vuelta en est la note préparatoire.
Si l’on devait retenir un principe, le voici: réduire l’aléa partout où c’est possible, pour laisser l’instinct s’exprimer là où il compte vraiment, dans le final d’un col ou au départ d’un chrono décisif.
Ce principe, appliqué pas à pas, trace la route d’un été attendu: deux pays, deux trophées, et un même souffle populaire au bord des routes.