Giulio Pellizzari a remporté la 2e étape du Tour des Alpes au sommet de Martell/Val Martello, au terme d’une arrivée pour grimpeurs. L’Italien de Red Bull – BORA – hansgrohe s’empare du maillot de leader avec 4 secondes d’avance sur Thymen Arensman (Ineos Grenadiers). Mattia Gaffuri (Team Picnic PostNL) complète le podium, tandis que le Français Mathys Rondel (Tudor) se classe 7e d’une course ciselée par la montagne.
Le final, tracé sur l’ascension de Val Martello (6 km à 8 %), a offert des résultats limpides et un premier tri parmi les favoris au classement général. Tom Pidcock (Pinarello–Q36.5) termine loin, à 6’52’’, un coup d’arrêt au milieu d’une semaine de cyclisme de haut vol.
Sommaire
Tour des Alpes : le classement complet de la 2e étape
L’essentiel est tombé dès la ligne franchie à Martell : Giulio Pellizzari a bouclé l’étape en 3h28’17’’, au terme d’un sprint entre costauds. Il devance au même temps Thymen Arensman et Mattia Gaffuri. Dans le même sillage, Egan Bernal (Ineos Grenadiers) se classe au contact, tout comme Aleksandr Vlasov (Red Bull – BORA – hansgrohe), signe que les équipiers ont parfaitement tenu la rampe lorsque la route s’est dressée. Ce visage sérieux d’un peloton de cyclistes déjà tournés vers le général donne le ton de la semaine.
Le public a suivi pas à pas la montée de Val Martello. Les écarts ont été minimes entre les leaders jusqu’au dernier kilomètre, preuve que la pente, régulière, favorisait les trains d’équipe. C’est dans les 500 derniers mètres que Pellizzari a placé son accélération, nette, propre, décisive. « On a gardé du jus pour le final », confiait son directeur sportif près des bus, le regard encore sur les watts et la cartographie des efforts. À la clé, un succès à la fois tactique et nerveux, et un avantage arraché à Arensman pour endosser la tunique de premier de la classe.
Pour le public français, la performance de Mathys Rondel (Tudor) retient l’attention : 7e à neuf secondes, une place qui confirme son aisance sur les efforts courts et pentus. Dans les travées de supporters, un groupe venu d’Albertville résumait l’ambiance : « On a vu un vrai duel de grimpeurs, et Rondel s’accroche. Ici, on sent la montagne respirer la course. » Ce lien simple entre vallée, village et coureurs est l’une des forces du Tour des Alpes : un vélo très proche des gens.
Top 10 de l’étape et écarts officiels
Les résultats complets rappellent que l’étape a fait des dégâts derrière. Tom Pidcock cède 6’52’’ et rétrograde au général, quand la tête de course reste ramassée. Voici le tableau récapitulatif des dix premiers :
| Position | Coureur | Équipe | Temps / Écart |
|---|---|---|---|
| 1 | Giulio Pellizzari | Red Bull – BORA – hansgrohe | 3h28’17’’ |
| 2 | Thymen Arensman | Ineos Grenadiers | à 0’’ |
| 3 | Mattia Gaffuri | Team Picnic PostNL | à 0’’ |
| 4 | Egan Bernal | Ineos Grenadiers | à 0’’ |
| 5 | Aleksandr Vlasov | Red Bull – BORA – hansgrohe | à 0’’ |
| 6 | Lorenzo Finn | Red Bull – BORA – hansgrohe Rookies | à 0’03’’ |
| 7 | Mathys Rondel | Tudor | à 0’09’’ |
| 8 | Chris Harper | Pinarello–Q36.5 | à 0’19’’ |
| 9 | Alex Tolio | Bardiani–CSF | à 0’19’’ |
| 10 | Michael Storer | Tudor | à 0’19’’ |
Au classement général, Pellizzari mène avec 4’’ d’avance sur Arensman et 6’’ sur Gaffuri, tandis que Vlasov pointe à 10’’. Bernal, régulier, reste dans le coup. La semaine s’annonce resserrée, chaque seconde arrachée pouvant dessiner le futur vainqueur.
Ce qu’il faut retenir de la journée
- Arrivée au sommet gagnée par Pellizzari après une montée régulière mais usante.
- Écarts réduits entre les favoris : le général reste ouvert.
- Rondel 7e, premier Français, confirme sa forme en montagne.
- Pidcock concède 6’52’’ : un revers net pour ses ambitions.
Ce bloc serré au sommet compose une dynamique claire : le Tour des Alpes se jouera au fil des pentes et des secondes, sous le regard d’un public montagnard qui connaît le prix de l’effort.
Ascension de Val Martello : récit d’une bataille en altitude
La route de Val Martello, étroite et bordée de vergers, appelle d’emblée un cyclisme d’embruns et de souffle court. Les premiers lacets plantent le décor : 6 kilomètres à 8 % de moyenne, un faux-plat d’entrée, puis une pente qui ne lâche plus. Les directeurs sportifs parlent de « montée constante », ces reliefs où l’on gagne en régularité ce que l’on perd en surprises, et où le moindre à-coup se paie au prix fort.
Le peloton a abordé la rampe avec l’ossature des grandes journées. Les équipiers se sont égrenés l’un après l’autre, sacrifiés pour empêcher les attaques lointaines. Un groupe d’une quinzaine de cyclistes a abordé les trois derniers kilomètres soudé, cadencé. À gauche de la route, des drapeaux rouges et blancs claquaient au vent du Tyrol. À droite, un petit groupe venu de Chambéry encourageait les « bleus » à pleine voix, bonnets tirés sur les oreilles malgré le soleil vif.
Là-haut, tout s’est joué à la jonction du pont et de la rampe finale. Pellizzari a attendu, bien calé dans la roue de Bernal. Au « 500 », il a déboîté, puis appuyé un coup long. Arensman a résisté, Gaffuri a serré les dents, mais l’Italien a gardé une demi-roue d’avance jusqu’à la banderole. Ce genre de victoire dit beaucoup : des jambes fraîches, un mental solide, et la confiance partagée avec une équipe qui sait quand lancer.
Dans la foule, Paolo, producteur de fraises à Martello, racontait sa matinée : « On a préparé des paniers pour les familles venues de Bolzano et de Merano. Le vélo, ici, c’est une fête de vallée. On se retrouve, on discute, et soudain le silence quand passent les motos ouvreuses. » Une description simple qui ancre la course dans la vie locale, bien au-delà du simple temps officiel.
Pourquoi cette montée crée des écarts
Une pente régulière n’interdit pas les différences, elle les concentre. Quand le pourcentage ne bouge pas, le tempo fait la loi. Les leaders maintiennent 6 à 7 watts au kilo, les équipiers s’épuisent à plafonner, et l’étirement se fait inexorablement. Ici, pas d’à-coups tueurs, mais une érosion continue. C’est ce que l’on a vu avec les coureurs distancés à partir du « 2 km » : l’écart grimpe de seconde en seconde, sans se voir, jusqu’à devenir un gouffre au sommet.
Ajoutons l’altitude, qui altère les repères. La respiration devient hachée, le retour veineux se fait plus lent, les gestes se simplifient. Dans ce cadre, Arensman a semblé très à l’aise, souvent placé à la corde dans les virages, un signe de lucidité. Gaffuri, lui, a tenu sans se désunir, preuve d’une préparation bien menée. Et Bernal a laissé l’impression d’un champion qui retrouve des sensations autoritaires sur ces pourcentages.
Les images marquent : une banderole orange qui claque, un bras qui se lève, la roue qui passe à quelques centimètres d’un panneau « 50 m ». Ce sont ces détails que le public retient, autant que les secondes. Les enfants, assis sur le talus, s’essaient aux encouragements en plusieurs langues, et découvrent que le cyclisme parle universellement le langage du souffle.
Cette bataille d’altitude ne dit pas tout du général, mais elle pose un décor : la victoire appelle la régularité. Dès demain, le scénario change et la route s’ouvre à d’autres audaces, dans un enchaînement qui fera aussi parler la gestion et le sang-froid.
Après la 2e étape : nouveaux équilibres au classement général
Avec sa victoire, Giulio Pellizzari s’installe au sommet du classement général avec 4’’ d’avance sur Thymen Arensman et 6’’ sur Mattia Gaffuri. Aleksandr Vlasov suit à 10’’, dans un mouchoir qui promet des renversements si une échappée prend du champ. Egan Bernal, lui, reste solidement accroché, ses résultats réguliers parlant pour lui.
Le chantier de l’équipe vainqueur est clair : défendre sans se consumer. Une formation qui porte le maillot de leader doit contrôler sans étouffer ses forces, et garder un œil sur les bonifications. Les directeurs sportifs se parlent dans les oreillettes, mais ce sont bien les jambes qui feront la différence sur les routes italiennes et autrichiennes. À ce jeu, Arensman paraît l’adversaire le plus direct, capable de rouler vite en plaine comme de s’exprimer en montagne.
Au pied des bus, un mécanicien de Tudor lâche un sourire en rangeant une roue : « Mathys va bien. Sur des arrivées comme celle-ci, il sait se placer et patienter. » Le Français, 7e sur la ligne, a confirmé en zone mixte qu’il « prend jour après jour » et vise « une bonne place au général si la route s’y prête ». Des mots simples, qui cadrent avec une équipe méthodique et patiente.
Dans les villages français proches de la frontière, on regarde la suite avec appétit. Des clubs de Savoie et de Haute-Savoie se préparent à traverser pour les étapes autrichiennes, souvent regroupées autour d’Innsbruck. Les hôteliers racontent un mois d’avril dynamique, avec des réservations qui montent dès que l’itinéraire du Tour des Alpes est publié. Cette proximité nourrit un attachement fort : on peut partir le matin, voir la course l’après-midi, et rentrer le soir.
Ce que change la hiérarchie du jour
Rien n’est plié, mais tout est réorganisé. Les équipes de sprinteurs modifient leurs plans, misant sur les échappées pour donner de l’air à leurs leaders distancés. Celles des grimpeurs, au contraire, verrouillent et surveillent. Dans ce cadre, chaque seconde prend du poids : un sprint intermédiaire, une bonification à l’arrivée, et c’est une marche d’escalier que l’on gravit vers le podium final.
Le public, lui, aime cette incertitude. À la sortie de Val Martello, une famille venue de Grenoble résume l’esprit de la semaine : « On suit le général comme on suit un feuilleton. Il y a des héros, des rebondissements, et la montagne qui décide parfois à la place des coureurs. » Une phrase qui sonne juste : la route, ici, est un personnage à part entière.
Au-delà des chiffres, cette 2e étape installe un climat de confiance chez Red Bull – BORA – hansgrohe. Mais il suffira d’un jour sans, d’un virage mal négocié ou d’une bordure dans la vallée pour tout redistribuer. C’est la beauté de ce vélo de printemps, vif et imprévisible, à l’image des reliefs alpins.
Sur le bord de la route : supporters, clubs et vies locales
Le Tour des Alpes ne se résume pas aux chronos et aux écarts. Il fait battre les vallées. Le long de la montée, des écoliers d’Annecy brandissaient des pancartes bricolées, tandis que des retraités italiens échangeaient en français avec des familles venues de Thonon. Cette circulation humaine compte autant que la course. Elle transforme une journée de sport en une rencontre entre voisins de montagne.
Un fil conducteur s’est tissé autour de Léa, 14 ans, licenciée dans un club de la Chartreuse. Son père a garé la voiture tôt, au pied de la vallée. Ensemble, ils ont marché jusqu’au « 3 km ». Léa connaissait les dossards par cœur. Quand le groupe de tête est passé, elle a crié les noms, a reconnu les casques, et a vu, pour la première fois, une arrivée au sommet autrement qu’à la télévision. Le soir, dans la voiture, elle a promis de tenter sa chance sur sa première course de côte locale.
Pour les clubs, ces journées sont formatrices. Les éducateurs expliquent les trajectoires, la gestion de l’effort, la patience. Ils montrent que le haut niveau n’est jamais loin : un coureur qui salue, un mécanicien qui répond à une question, un bidon tendu. C’est ce capital immatériel qui nourrit la pratique dans nos territoires, de Chambéry à Albertville, de Voiron à Annecy.
Conseils pratiques pour suivre la course en montagne
Les spectateurs réguliers échangent de bons tuyaux. Arriver tôt, choisir un virage intérieur pour mieux voir, prévoir un coupe-vent. Respecter les coureurs et la route, rester derrière les rubans. Et surtout, encourager sans courir à côté des athlètes. La sécurité, ici, se joue à deux : l’organisation, et le public.
- Points de vue conseillés : épingle du « 2 km », petit pont avant le final, ligne droite du « 1 km ».
- Accès : navettes locales depuis la vallée, parkings fléchés en amont.
- Équipement : chaussures de marche, eau, vêtement chaud même par beau temps.
- Respect : pas de drones non autorisés, chiens tenus en laisse, déchets ramenés.
Au fil des éditions, des commerçants s’organisent. Stands de produits locaux, terrasses éphémères, menus « arrivée au sommet ». L’économie de la vallée s’anime, les hébergements affichent souvent complet, et les villages profitent d’une visibilité précieuse en début de saison. Cette respiration économique est l’un des effets concrets d’une grande étape de cyclisme à la maison.
Le plus beau, peut-être, tient à ces secondes de silence avant la tête de course. On perçoit d’abord un hélico, puis la rumeur qui remonte, les motos, et soudain le groupe qui fend l’air. Puis tout retombe, les conversations reprennent, et on commence déjà à raconter ce que l’on vient de voir. La journée laisse une trace simple : l’idée que le vélo est un bien commun, et que la montagne le protège autant qu’elle le met au défi.
Clés de lecture : comment le leader peut garder le maillot
Garder le maillot de leader après une arrivée au sommet demande autant de calcul que de panache. Pellizzari a l’avantage du terrain : une équipe solide, des coéquipiers dans le top 10, et une confiance consolidée par la victoire. Mais l’écart est mince. Arensman n’est qu’à 4’’, Gaffuri à 6’’, et la montagne ne pardonne pas les erreurs de placement, surtout lorsque le vent s’invite dans les vallées ouvertes.
Sur les routes à venir, possiblement en direction d’Innsbruck pour une boucle plus roulante, la gestion des échappées décidera de la physionomie de l’étape. Une échappée massive avec des coureurs bien placés au général forcerait les favoris à rouler tôt, rongera les équipiers et exposera le leader dans le final. À l’inverse, une échappée « contrôlée » facilitera la défense, quitte à laisser filer la victoire d’étape pour préserver la tunique.
Trois leviers pour défendre sans s’épuiser
- Tempo dans les vallées : garder une allure fixe autour d’un train d’équipiers pour éviter les à-coups et économiser les hommes forts.
- Bonifications ciblées : sprinter seulement quand Arensman ou Gaffuri se montrent, afin de ne pas brûler de cartouches inutilement.
- Positionnement : rester dans le top 10 du peloton avant chaque difficulté pour réduire le risque de cassures et de chutes.
Le public local peut s’attendre à des scénarios contrastés. Une journée piégeuse avec vent de côté dans la vallée de l’Inn, puis une arrivée explosive sur une bosse urbaine, avant de replonger dans de la haute altitude. Les coureurs qui s’expriment aussi bien en plaine qu’en côte courte, comme Arensman, ont ici une carte à jouer. Quant à Bernal, ses bonnes sensations sur la 2e étape peuvent l’amener à viser une victoire d’étape pour recoller au plus près.
Qu’en disent les territoires alpins côté français ? Les clubs de Chambéry et d’Annecy s’organisent pour suivre le final autrichien. Ils voient dans cette semaine une occasion d’apprendre aux jeunes à lire une course, à anticiper. Un encadrant résume bien la philosophie : « On montre que le classement est un résultat, mais que le chemin pour y parvenir, c’est l’intelligence de course, la solidarité et le respect de la montagne. » Des mots qui résonnent dans nos vallées.
Au bout du compte, tout se jouera à la marge. Une seconde gagnée sur une bonif’, une seconde perdue dans un virage, et l’équilibre bascule. C’est pour cette raison que l’on aime tant cette épreuve : elle superpose les cartes du relief, du courage et de la stratégie, et livre des vainqueurs au sang-froid autant qu’aux jambes.